Evolution des formes de limites territoriales sur le plateau des Hautes Fagnes. Repères méthodologiques

Serge Nekrassoff
Licencié en histoire / collaborateur scientifique

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Depuis plus d'un siècle, bon nombre d'études ont été consacrées à la recherche des anciennes limites sur le plateau des Hautes Fagnes. Elles contiennent une masse considérable d'informations recueillies par des chercheurs passionnés par cette région et avides d'en extorquer les secrets. Peu s'attardent cependant sur la forme et la conception de la limite autrefois. Que représentait-elle, quelle valeur avait-elle aux yeux des hommes du haut Moyen Age ? Leur conception a-t-elle évolué et dans quel sens ? Négliger ces questions revient à projeter notre conception actuelle de la limite dans le chef de nos ancêtres. Or, comme nous allons le voir, ceux-ci la vivaient de manière bien différente. Dès lors, nos clefs d'interprétation ne peuvent systématiquement être transposées dans le passé et beaucoup d'énigmes subsistent : il y a confrontation entre deux mondes qui ne se comprennent pas.

Heureusement, la documentation ne manque pas pour retracer cette évolution. Les textes fournissent à eux seuls une panoplie considérable de témoignages : diplômes, édits et ordonnances, actes notariés, testaments, rapports de police, mais aussi récits de voyageurs et littérature "touristique", documents fiscaux, sans oublier les cartes et les plans. Mais l'écrit ne doit pas représenter la seule matière première du travail de l'historien. Dans le cas qui nous occupe, la toponymie, les traditions, l'archéologie et l'observation du terrain apportent en même temps des éléments précieux. Un examen exhaustif ne pouvait être envisagé dans le cadre de cet article. Le serait-il d'ailleurs dans d'autres conditions ? C'est donc à partir d'un échantillon fidèle à la diversité de cette documentation que nous avons entrepris d'esquisser l'évolution des limites dans la région des Hautes Fagnes. Mais nous allons cette fois accorder plus d'attention à l'évolution de la forme de la limite, ou de sa matérialité, qu'à sa localisation précise sur le terrain.
Quelles conceptions de la limite ?
Durant le haut Moyen Age, l'Ardenne est une vaste forêt parsemée de quelques foyers de peuplement, fort éloignés les uns des autres et entamant une vaste entreprise de défrichement. Dans la charte de Sigebert III, limitant le territoire de la jeune abbaye de Stavelot-Malmedy (648), l'auteur use d'une formule révélatrice pour décrire le cadre qui nous occupe : "des espaces de vaste solitude, peuplé de bêtes féroces"(1) . L'étude des textes, des toponymes et des traces archéologiques ne contredit pas ce constat. Au haut Moyen Age, l'occupation du sol aurait même régressé par rapport à l'époque gallo-romaine. Ainsi, le site de Spa, habité aux 2e et 3e siècles, est vraisemblablement abandonné le siècle suivant. Il faudra attendre le 12e siècle pour y retrouver les traces d'une occupation (2). A la fin du 9e siècle, une charte d'Arnolf de Carinthie conserve la liste d'une quarantaine de villas royales situées en Ardenne . Seulement cinq avoisinent le haut plateau des Fagnes: Theux, Amblève, Baelen, Waimes, Bullange. Ensemble, elles ne devaient pas représenter plus de quelques milliers d'habitants (3).
Qu'en est-il à cette époque de l'état des limites ? Les sources écrites décrivant des délimitations, ne sont évidemment pas les rares rescapées d'un vaste programme de découpage administratif orchestré par un appareil étatique. Ce sont au contraire les précoces exemples d'une tentative du genre. Il faut donc imaginer une sorte de vide juridique et adminsitratif en matière de limites territoriales : le texte est l'exception et non la règle. Ce qui séparait "des autres" consistait alors le plus concrètement en "marches", ou "zones-frontières", relativement étendues et inoccupées. Ailleurs, ce sont des montagnes, des déserts ou encore de larges faîtières séparant deux bassins hydrographiques; dans nos régions il s'agira plutôt de bois et de forêts (4).
Mais une vaste étendue marécageuse, comme les Hautes-Fagnes, disposait tout autant du profil de la zone-frontière. Soumise à des conditions climatiques rudes, peu praticable, située en altitude et réfractaire à toute forme d'exploitation rentable, elle n'engageait pas l'homme à s'y installer. Doit-on s'étonner dès lors que plusieurs principautés aient effectivement vu leur territoire aboutir au sommet du haut plateau : duchés de Limbourg, de Juliers et de Luxembourg, marquisat de Franchimont et l'abbaye de Stavelot-Malmedy ?
En séparant deux communautés, la zone frontière ne les condamne pourtant pas à un isolement total. Au contraire, elle constitue une sorte de terrain neutre, idéal pour servir de lieu de rencontre. Que cela soit pour régler des questions politiques, juridiques, soit pour servir de cadre à des activités économiques ou des cérémonies religieuses. Les forêts ont effectivement été longtemps le domaine de maintes divinités. Combattre ces croyances, et à défaut les récupérer, figurait au nombre des tâches des premiers évangélisateurs des Ardennes, à commencer par saint Remacle lui-même.
Cette fonction de rencontre est attestée par divers type de sources. Au registre du folklore, on retiendra le récit typique qui accompagne généralement l'existence de "pierres carrées" : elles étaient réputées avoir servi de table de négociation (et donc de rencontre) pour déterminer les limites de territoires. Chacun des seigneurs concernés s'attablait avec les autres, tout en demeurant sur sa propriété (5). Autre exemple, sur la carte dite Samin, du nom de l'arpenteur qui l'a dressée en 1755, figure une mention attestant la tenue d'un marché, au coeur du haut-plateau, à proximité de la Fagne de Clefay : "Lieu de la foire de la Robertville Raquesprée"(6).
Préserver une certaine imprécision dans les limites territoriales ne comportaient pas que des inconvénients . Ce qui est fixé précisément aux yeux de tous a plus de mal à être contesté, tandis qu'il y aura plus de facilité à revendiquer ou à s'approprier un espace dont les limites ne sont pas clairement connues (7). Ce constat se vérifie à tous les échelons : du prince, convoitant un accroissement de l'étendue de sa souveraineté, au simple paysan cherchant à étendre ses droits d'usage sur les terres de la communauté voisine. Ce souci d'entretenir l'incertitude a pu retarder dans quelque mesure, et selon les endroits, l'évolution vers la fixation de limites linéaires.
Bien entendu, la zone-frontière n'est pas la règle exclusive au haut Moyen Age. Comme nous le verrons plus loin, les chartes mérovingiennes citent régulièrement des cours d'eau et des routes, attestant davantage une conception linéaire de la limite. Mais dans ces textes, celui qui délimite profite encore des opportunités du terrain. Il n'est pas encore question de poser des bornes. Et en l'absence de cours d'eau ou de route, il s'accommode fort bien de jalons moins précis. Nous croyons donc qu'il y a eu régulièrement coexistence de diverses formes de limites.
Les limites d'autrefois présentent une autre particularité disparue aujourd'hui. Nous sommes habitués à la coïncidence entre les limites des circonscriptions juridiques, administratives, fiscales et politiques. A l'inverse, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, on observe régulièrement une imbrication complexe de ces diverses compétences . De plus, celles-ci changent fréquemment de mains à l'occasion de transactions (achats, dons, échanges), d'héritages, de mariages ou de guerres. Dans la pratique, un village fagnard pouvait très bien payer une dîme à l'abbé de Stavelot, dépendre au pénal du duché de Luxembourg et s'acquiter d'un impôt foncier pour certaines de ces terres au duché de Limbourg. Dans cet imbroglio, une limite territoriale, quelle que soit sa forme, ne fixe pas nécessairement les dépendances et les juridictions dont doivent tenir compte les habitants.
Ainsi, que de tentatives pour accorder les diplômes médiévaux relatifs aux territoires cédés à saint Remacle à la fondation de l'abbaye de Stavelot-Malmedy, et ceux touchant la "villa" et la "foresta" de Theux : cette dernière semble effectivement empiéter sur le territoire de la principauté abbatiale. Notre logique est ébranlée. C'est omettre que ces documents traitent de matières fort différentes. La concession faite à saint Remacle est un territoire jouissant de l'immunité, soit une exemption des visites des agents royaux, notamment en matière de fiscalité et de jugement des délits mineurs (basse justice) . En 898, Zwentibold fait don de sa "villa" de Theux à l'Eglise de Liège , c'est à dire que celle-ci devient propriétaire des biens, des droits et des personnes attachés à cette villa. Enfin, en 915, Charles le Simple accorde à la même église de Liège la "foresta" de Theux. Ce terme de "foresta" correspondrait à un droit de chasse étendu et par extension au territoire sur lequel il s'exerce . Immunité, villa, foresta, ... trois notions distinctes, qui de surcroît peuvent parfaitement recouvrir des espaces qui se chevauchent et aux contours flous. C'est l'occasion de distinguer deux conceptions bien différentes de la limite. La "frontière de chancellerie" élaborée dans les palais par des souverains n'est qu'une abstraction dans le chef du paysan et du serf isolés dans leur village et pour qui la seule limite tangible est celle de leurs champs.
Enfin, si aujourd'hui nous nous identifions plutôt par notre résidence dans un Etat, une nation, clairement définie géographiquement, dans un régime féodal les liens de vassalité induisaient d'abord l'appartenance à un homme : son suzerain. Jusqu'à quel point notre habituel "D'où venez-vous ?" n'avait-il pas le sens d'un "A qui appartenez-vous ?". Dans certaines circonstances, de nouveaux arrivants dans une seigneurie conservaient même leur dépendance vis à vis de leur seigneurie d'origine .
D'ailleurs, afin de relativiser définitivement la nécessité de circonscrire l'objet d'une donation, notons que la plupart des documents du haut Moyen Age recourent rarement à une description des limites d'une terre concédée ! Ils énumèrent plutôt ce qu'elle contient : hommes, femmes, champs, bois, moulins, pêcheries, ...
Histoires de jalons
Le haut Moyen Age aurait donc connu la coexistence de diverses formes de limites. Irréversiblement toutefois, la limite linéaire supplantera, au cours des siècles la "zone-frontière", imprécise et source de différends, voire de conflits. Quels seront alors les procédés utilisés pour délimiter un territoire ? Pendant longtemps, l'arpenteur s'est servi des jalons que lui offrait la nature. Avec le besoin de plus de précision, il s'est peu à peu tourné vers des techniques d'abornement plus sophistiquées et artificielles. Pour suivre cette évolution, nous avons rassemblé ces techniques dans des catégories présentées de manière chronologique. Chacune d'entre elles possédaient des inconvénients qui tôt ou tard ont occasionné modifications de tracés et contestations. Faute de traces écrites, la majeure partie de ces épisodes échappent à l'historien confronté à des changements apparemment inexplicables.
Surface
Le mode le plus sommaire que nous ayons rencontré figure dans la concession de 648 au bénéfice du monastère de Stavelot-Malmedy. Sigebert III concède un espace qu'il définit comme un cercle de 12.000 "dextres" dont le centre est le monastère. Le contexte autorisait sans doute un tel détachement. Le roi n'a encore dans la région aucun voisin à ménager puisque toutes les entités alentours sont des villas royales . Son geste consiste donc à concéder une portion de territoire taillée dans le fisc royal, à savoir la propriété du donateur.
Pourtant, à peine trente ans plus tard, son successeur éprouve déjà le besoin de réduire cet espace, notamment là où il côtoie ses villas d'Amblève, Cherain et Lierneux. Cette restriction n'est que sommairement justifiée par la formule lapidaire "pro stabilitate operis" . La tranquilité du monastère était-elle menacée par la proximité des villas royales ? Des différends opposaient-ils déjà les communautés ? Les seuls faits indiscutables à retenir de ce texte sont la fixation de limites beaucoup plus claires et la restriction du territoire concédé en 648.

Les rivières et ruisseaux
Si une "zone-frontière" satisfaisait amplement comme jalon, les rivières n'étaient pas dédaignées, loin s'en faut, pour indiquer les confins d'un territoire. Une rivière représente une limite évidente, précise et quasi immuable, sauf pour des ruisseaux dont le cours peut être modifié par des intempéries importantes ou encore par une activité humaine. Comme elles abondent dans les Hautes Fagnes et ses alentours, les arpenteurs en ont largement profité. Elles ont la part belle dans le diplôme de 670 puisque plus de la moitié des jalons énumérés sont des rivières et des ruisseaux ainsi que leur confluents. C'est encore le cas dans le diplôme de Charles le Simple en 915, où cette fois la proportion est encore plus grande.
Il semble bien que le cours d'eau ait été un jalon sûr. Aucune contestation territoriale au sujet d'une rivière ou d'un ruisseau ne nous a été révélée par les textes relatifs à l'histoire du haut-plateau. C'est loin d'être le cas en ce qui concerne les chemins.

Les chemins
Au cours du haut Moyen Age, une seule citation de chemin figure dans les documents que nous avons consultés touchant la région fagnarde : la "via mansuerisca" dans le diplôme de Childeric II. Ce n'est pas une exception car d'autres textes, relatifs à d'autres régions, mentionnent à l'occasion d'autres routes. Leurs appellations (via publica, strata imperialis, ...) laissent supposer qu'il s'agit de surcroît d'ouvrages remarquables, peut être essentiellement d'anciennes voies romaines. Mais la fréquence de leurs mentions n'atteint pas celle de l'emploi des cours d'eau à cette époque.
Au fil du temps, le recours aux chemins se fera pourtant de plus en plus fréquent. Parmi les plus connus, citons la Vèquée "faisant l'entre-deux de marquisate de Franchimont et terre de Stavelot". Ce n'est pas le seul. De nombreux textes attestent le rôle de limite que jouent bien d'autres chemins empruntant le haut plateau. Mais leur emploi comme jalon est source de conflits durant l'Ancien Régime, car leur tracé n'est jamais définitif. Rarement aménagés, détrempés par les pluies, creusés d'ornières, ils font plutôt figure de pistes d'obstacles. Quand un de ceux-ci devient trop important, il est contourné par les usagers qui par la même occasion créent un nouvel itinéraire. Ainsi le chemin vit, ne s'attachant pas à un parcours immuable mais générant un faisceau de tracés. Les vestiges de ces faisceaux se remarquent encore sur le terrain, pour autant qu'on ait l'oeil exercé. En Fagnes, ce sont les "xhavées". S. Fontaine les a patiemment repérées au cours de ses innombrables randonnées pour ensuite les reporter sur une carte qui mériterait d'être publiée.
Ce phénomène était bien connu autrefois. En 1789, J. Ph. de Limbourg est chargé de vérifier si une maison de jeu, fondée par des particuliers à proximité de Malchamps, au-dessus de Spa, est bien située en territoire de Stavelot et non en territoire liégeois. La Vèquée sert encore à ce moment de limite entre les deux principautés et permet de localiser l'établissement sur le territoire de Stavelot. J.Ph. de Limbourg observe toutefois fort judicieusement que l'établissement en question a très bien pu être liégeois à un moment donné. Pour argumenter son propos, il avance, entre autres, les modifications fréquentes des tracés des chemins. Un bon siècle plus tôt, en 1671, un différend oppose les habitants de Solwaster aux autorités de l'abbaye de Stavelot-Malmedy au sujet d'un terrain où s'exerçaient les droits d'usage et limité par la Vèquée. Mais où passe la Vèquée ? Chaque partie conteste le tracé décrit par l'autre tout en proposant un autre comme étant "le vraye et véritable chemin del Vequee et separatoir des pays".
Outre les intempéries, les chemins pâtissaient encore de la convoitise des paysans tentés d'entamer leur largeur pour gagner quelques mètres carrés de surface exploitable. Cette pratique devait être assez répandues pour susciter l'intervention des hautes autorités comme en atteste, parmi d'autres, une ordonnance de Charles VI de 1733 touchant l'entretien des chemins publics dans la province de Luxembourg . On peut légitimement supposer que ces dispositions, pourtant assorties d'amendes aux charges des contrevenants, restaient lettres mortes. Selon bon nombre d'ordonnances relatives à ce même sujet, l'entretien des chemins n'incombait-il pas aux riverains, ceux-là même qui n'hésitaient pas à pratiquer l'empiétement !

Repères naturels
Nous les avons répartis en deux catégories : les sites étendus (bois, champs, fagnes) et les repères ponctuels (arbres, confluents, bâtiments, ...). Des premiers, le diplôme de 670 fait largement usage : "Sicco campo" (un champ), "forestem de Vulfbergo" (un bois), "Jocunda fania" (une étendue de fagne), etc. Des étendues et non des tracés font donc office de jalons. Deux autres passages sont encore plus explicites. Une première fois lorsque le rédacteur cite "la forêt qui sépare la chênaie de Helmin et Audastviler" , ensuite lorsqu'il invite à rejoindre la via mansuerisca "per mediam forestam", par le milieu de la forêt.
Dans ce même texte, deux repères ponctuels seulement sont employés : "albam fontanam" (une fontaine) et un autre décrit par le passage "ubi Gerlaicus vennam habuit", un endroit où un nommé Gerlaicus possédait une "pêcherie". En 915, dans la concession de Charles le Simple, plus aucun site étendu ne figure dans le diplôme, mais plusieurs repères ponctuels sont cités : "Vulfingi fago" (un hêtre), "Nordrees fontem (une source) et "hospitale" (une auberge).
L'examen de ces deux textes ne doit cependant pas nous conduire à des conclusions générales. Remarquons seulement que le diplôme de 670, tout en faisant déjà abondemment usage des cours d'eau, peut se contenter de zones comme jalons. En 915, il semblerait que la limite ait déjà évolué vers une conception plus précise. Mais notons toutefois qu'entre les deux derniers jalons cités, justement deux sites ponctuels, subsiste une solution de continuité : pas de rivière, pas de chemin.
Le recours à des arbres ou des pierres remarquables témoigne d'un sens pratique. Solidement implantés dans le sol, ils pourront jouer leur rôle pendant plusieurs dizaines d'années, voire quelques siècles. Ils pouvaient être associés à des personnages fantastiques ou prestigieux. Dans nos régions, Charlemagne figure parmi les vedettes. En Fagnes, deux jalons au moins sont liés à la personne de l'empereur : "l'arbre de Charlemagne", près de Baronheid, séparant le marquisat de Franchimont de la principauté de Stavelot, et "le lit de Charlemagne", un monolythe de plusieurs tonnes, qui marquait les confins des terres de l'abbaye de Reichenstein . Rappelons aussi les "pierres carrées" où se rassemblaient les seigneurs dont les terres confinaient aux dites pierres. Dans quelle mesure ces associations conféraient-elles à ces jalons une certaine repectabilité, voire un caractère tabou ? D'autres occupent un rôle lié à la guérison magique, comme le "Clawé faw", un hêtre à clous, censé servir de point de départ aux limites du duché de Limbourg .
Mais le plus souvent, les repères sont moins éminents, rappelant simplement le patronyme d'un habitant ayant un lien quelconque avec l'endroit où se situe le jalon. Tel est probablement le cas du "Vulfingi fagus" du texte de 915 et du "Hêtre Winbiette" sur la Vèquée. Certains peuvent même être totalement sortis de l'anonymat. Ainsi, alors que les habitants d'Ovifat s'opposaient à ceux de Robertville au sujet des droits d'usage dans la Brackvenn, deux hêtres sont choisis comme principaux jalons sans qu'aucun déterminant ne leur soit encore associé .
Aussi robustes soient-ils, les arbres ne sont pas éternels. Qu'ils succombent accablés par l'âge ou qu'ils soient subitement détruits par la foudre, ils cessent de remplir leur rôle délimiteur. Bien que disparu, le jalon continuera d'exister un moment dans la mémoire des habitants. Son appellation pourra éventuellement, suivant un phénomène bien connu des toponymistes, s'étendre à la zone où il a disparu . Quoiqu'il en soit, la limite aura perdu momentanément de sa précision.

Techniques d'abornements : bornes, croix, etc.
Des témoignages attestent des procédures d'abornement dès le 12e siècle. Nous n'avons toutefois pas rencontré de sources écrites de cette période relatant l'exemple d'une telle pratique sur le haut plateau. Seuls quelques candidats pourraient prétendre à une honorable respectabilité. Parmi ceux-ci, citons la "pierre carrée aux potales" dont la légende pourrait être un gage de vétusté. Le lieu-dit "Brochepierre" pourrait rappeler l'existence d'une borne ancienne. La forme du toponyme -déterminant précédant déterminé- conforterait dans ce sens.
La majorité des autres bornes fagnardes furent placées plus tardivement (généralement après le 16e siècle). Certaines d'entre elles ont pu toutefois se substituer à un repère plus ancien (un arbre, ...).
Plusieurs méthodes d'abornement se sont cotoyées. Parmi les plus sommaires, et donc les plus précaires, retenons l'usage de marquer les arbres. En 1569, dans une délimitation des espaces où les habitants du ban de Spa pourront exercer leurs droits d'usage, une série de chênes sont entaillés de plusieurs crans pour servir de jalon . La chaux semble également avoir été utilisée pour marquer des repères. C'est du moins ce que laisse supposer l'accord de 1605 touchant la séparation entre le marquisat de Franchimont et l'abbaye de Stavelot à proximité de la Croix le Prieur. Les habitants de Mont et Xhoffraix furent en effet requis de "mener sur la fagne et une charée de chaux et une sasple" .
Dans les exemples qui précèdent, il s'agit encore d'abornemment faisant largement usage des repères offerts par la nature (arbres, cours d'eau, pierres) ou les circonstances (chemins). Seuls quelques jalons sont véritablement créés dans l'unique dessein d'une limite.
Le placement de croix et de bornes s'inspire d'une méthode plus systématique. Le mandement de 1603 d'Ernest de Bavière, touchant l'embannement des bois de Spa, prévoie une délimitation recourrant à "certaines bornes en forme de croix, qui se planteront tout au long et à l'entour des dis bois embannés ..." . Même si les limites continuent de suivre ruisseaux et chemins, les bornes sont néanmoins disposées le long de ceux-ci pour venir officialiser leur rôle.
Ce mode de délimitation invite pourtant à des pratiques délictueuses. Les riverains ne se privent évidemment pas de déplacer bornes et croix à leur avantage. Dans le règlement de 1605, touchant la séparation entre le marquisat de Franchimont et la principauté de Stavelot, le premier article veille à remettre "la croix en son premier lieu et place, ainsi et comme il avoit ésté mis d'ancienneté".
Pour contrecarrer ces méthodes, des pièces de monnaie ou des tessons de poterie pouvaient être enfouis sous la borne . Ainsi, l'absence de ces témoins sous la borne trahirait inmanquablement son déplacement frauduleux. Ce procédé a dû connaître des fortunes diverses, car rien n'empêchait de déterrer les tessons et de les enfouir à l'endroit où était déplacée la borne. Nous n'avons pas rencontré de telles précautions pour la région fagnarde.
Un autre mode de délimitation fut adopté en 1771 pour séparer les territoires de Juliers et de Limbourg dans la Brackvenn, terrain qui, d'après les termes du document, était resté "sans maître". Le compromis prévoyait cette fois de creuser un "fossé séparatoire" de 6 pieds de largeur et 3,5 de profondeur. Le creux serait situé sur les terres de Montjoie, tandis que les terres seraient rejetées sur le territoire de Limbourg . Le cas mérite d'être mentionné puisque cette fois, la limite est créée de toutes pièces, sans tenir compte des jalons naturels. Nous sommes aussi au terme de l'évolution de la limite : de la conception du haut Moyen Age, peu rigoureuse à nos yeux, à la conception linéaire qui nous est si familière.

La mémoire collective
Ainsi, les preuves matérielles (bornes, jalons de tout type) et légales (les textes) acquièrent de plus en plus d'importance dans la valeur des limites. Mais comment remédier à leur disparition ? En 1543, la destruction complète du monastère de Reichenstein le priva de toutes ses archives. La même année, le prieur s'empresse de retranscrire l'état des possessions du monastère avec une attention particulière pour la description des limites . Sans doute espérait-il ainsi se prémunir du vide juridique qui ne manquerait pas de favoriser les contestations. En l'absence de textes, sans doute aurait-il eu recours à une procédure traditionnelle qui consistait à se référer aux personnes âgées. Celles-ci étaient censées témoigner "objectivement" des anciens usages, mais en cas de litige, chacune des parties fera comparaître ses témoins. Une telle enquête avait été menée en 1724 pour déterminer le caractère limitrophe ainsi que la propriété du "grand chemin qui vat de Sourbroit à Jalhaÿ". Plus de dix témoins, d'une moyenne d'âge de 60 ans, avaient été interrogés par les enquêteurs luxembourgeois : tous étaient originaires des terres du duché de Luxembourg ! Ces textes nous apprennent que la limite fait désormais partie de la réalité quotidienne de ces témoins. Mais même si elle fixe les confins d'un Etat prestigieux, pour ses paysans, elle marque d'abord la fin du pâturage de leurs troupeaux.

Quelques précautions méthodologiques
A notre sens, deux facteurs expliquent principalement l'évolution de la limite vers une forme linéaire : la croissance démographique et la centralisation qui va de pair avec une volonté d'améliorer la perception fiscale.
Au fil des siècles, la croissance démographique aboutit à un équilibre fragile entre ressources et population . Les localités se sont multipliées créant des situations de contiguïté. La majorité des contestations de limites trouvent leur origine dans l'usage d'une terre ou d'un bois par une communauté au détriment d'une autre. Il s'agit généralement de terrains où s'exercent les droits d'usage, particulièrement en Fagnes. Ceux-ci sont vitaux pour les communautés d'Ancien Régime. Ils procurent des matériaux de construction, du combustible (notamment la tourbe) et des sources d'alimentation pour l'homme et le bétail. Nul besoin de rappeler qu'à ces périodes, la précarité est chronique. Chaque pouce de terre, aussi pauvre soit-il, fait l'objet de convoitise. Les limites deviennent donc un moyen de préserver ses droits sur la terre, pour autant qu'elles aient été clairement et authentiquement définies.
Dans la région fagnarde, l'utilisation progressive des terres ingrates peut expliquer en partie le doublement de la population du 16e au 18e siècle. Certes, cet accroissement est chaotique et inégal selon les endroits en raison d'accidents démographiques (épidémies, famines, guerres), mais la tendance est nette. Or, les rendements agricoles ne progressent pas. Il a donc fallu aller chercher aux confins du village les maigres ressources que les landes et les bruyères pouvaient encore dispenser . Les confins d'un village côtoient évidemment ceux du village voisin. Les communautés villageoises seront dans certains cas les premières à solliciter des abornements plus précis, car elles vivent quotidiennement les problèmes que leur inexistence implique. Dès le 15e siècle, les contestations entre communautés ne manquent pas sur le haut plateau et lorsque l'objet du litige vient à coïncider avec une frontière entre deux principautés, c'est aussi cette frontière qui est remise en question.
Nommer, recenser, et ... délimiter. Trois traits caractéristiques qui accompagnent le processus de centralisation de l'Etat qui naît au Moyen Age. Menés à bien, les enquêtes, les dénombrements d'Ancien régime permettront à terme d'appliquer une fiscalité plus efficace et donc d'apporter d'avantage de ressources pécuniaires à l'Etat. Ainsi, il nous apparaît que de telles actions ont contribué également à fixer des limites précises à l'intérieur des principautés, et forcément à leurs confins.
A l'origine de délimitation, on trouve enfin la volonté de princes de mettre un terme à des abus touchant les droits d'usage, notamment la coupe systématique des arbres et arbrisseaux qui compromettait gravement le renouvellement de la forêt. Ce phénomène s'est encore accentué avec le développement de la métallurgie extrêmement gourmande en charbon de bois. En 1519, Erard de la Marck prend déjà des mesures pour contrôler ces pratiques . Tout en fixant les quantités autorisées, il délimite des espaces où il sera interdit de "charbonner" de manière à laisser à ses sujets suffisamment de bois pour se chauffer.
Le cas des Hautes fagnes confirme la tendance générale observée dans nos contrées, à savoir l'évolution des frontières vers une forme linéaire qui trouve son terme au début du 19e siècle.
Mais ce processus connaît des fortunes diverses selon l'évolution démographique, la nature et l'efficacité du pouvoir en place, mais aussi les caractéristiques géo-morphologiques de la région. Force est donc de constater, comme tout phénomène en histoire, qu'un cas n'est pas l'autre. Les exemples précoces de délimitation ne rendent pas inexplicables d'autres cas extrêmement tardifs. Tout dépend des conjonctions entre facteurs favorables et défavorables.
La région des Hautes Fagnes possédait des particularités qui, à notre avis, favorisaient davantage un rôle de zone-frontière : une situation élevée, un accès difficile, un climat et un sol peu propices à la colonisation humaine. Là s'arrêtent les conditions du milieu. Le reste dépendra de l'homme et donc des circonstances historiques. Une de celles-ci, dont nous avons encore peu parlé est sans doute la présence de deux zones linguistiques distinctes.
La fondation de l'abbaye de Stavelot-Malmedy parmi quelques villas mérovingiennes constitue probablement le premier fait marquant dans la genèse des frontières de la région. Elle détermine un espace, assez vague, où s'installent deux communautés dont les membres vont jouir d'un statut et de droits différents par rapport à leurs voisins. A notre avis, cet espace est circonscrit dans un monde sans véritables limites territoriales, car celles-ci n'avaient probablement encore aucune raison d'être.
Ainsi que nous l'annoncions dans le titre, ces quelques pages ont pour unique prétention de proposer quelques repères méthodologiques à qui étudie l'évolution des limites territoriales dans nos régions, et plus particulièrement dans la région des Hautes Fagnes. Si elles permettent de déjouer quelques pièges menant à des interprétations erronées, notre but aura été atteint.

 

(1) "[...] in foreste nostra nuncupante Arduinna, in locis vastae solitudinis, in quibus caterva bestiarum germinat,[ ...]", J. HALKIN, C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l'abbaye de Stavelot-Malmedy, tome 1, Bruxelles, 1909, pp. 5-8.
(2) F. BOUROTTE, Témoins archéologiques de l'antiquité de Spa, dans Histoire et archéologie spadoises, Spa, déc. 1982 et mars 1983, pp. 137-146 et pp. 36-44.
(3) Voir E. EWIG, Les Ardennes au haut Moyen Age, dans Anciens pays et assemblées d'Etats, Namur, 1963, tome 28, p. 17.
(4) Au sujet des "zones-frontières", on consultera notamment L. FEBVRE, La Terre et l'évolution humaine, Paris, La Renaissance du Livre, 1922, pp. 323-342. - P. BONENFANT, A propos des limites médiévales, dans Hommage à Lucien Febvre. Eventail de l'histoire vivante, Paris, Armand Colin, 1953, pp. 73-79. - L. GENICOT, Ligne et zone : la frontière des principautés médiévales, dans Académie royale de Belgique. Bulletin de la Classe des Lettres et des Sciences morales et politiques, 1970, 5e série, tome LVI, pp. 29-42. Un détour par l'ethnologie apporterait sans nul doute des indications intéressantes sur le statut de ces zones frontières.
(5) Dans un document de 1724, alors que des témoins sont interrogés sur le tracé des limites dans la région de la Baraque Michel, un de ceux -ci déclare que "il at tousjour ouÿ dire que les quattres seigneurs avoient une marque sur les faignes ou chacun se pouroit asseoir sur son paÿs, ne sachant si c'est la pierre quarrée joindant le poteau prez du grand chemin ou poinet dit que le dit poteau at esté mis par ceux de Jalhay." A.G.R., Jointe des terres contestées, 654.
(6) Ce document cartographique est intitulé Copie d'une carte figurative d'un petit canton de la province de Luxembourg aux environs de Sourbrodt [...] levée en 1755 par Charles Antoine Samin, arpenteur. Carte copiée en 1926 par l'abbé Ch. Dubois professeur à l'Athénée de Malmedy. L'original se trouve aux Archives du Musée du Folklore de Malmedy.-R. DETROOZ atteste également l'existence de ce marché : "Une lieue plus haut que Piette-es-Fagne, se trouve un endroit nommé Rekekée, limitrophe des duchés de Limbourg et de Luxembourg : c'est là que se tient une grande foire chaque année au mois de septembre, de bêtes à cornes que l'on nourrit dans les environs pendant l'été." Histoire du Marquisat de Franchimont, Liège, 1809, tome 1, pp. 61-62.
(7) P. BONENFANT, Op. cit. , p. 73.
(8) L. GENICOT, Op. cit.
(9) "[...] Ut hoc totum et ad integrum cum Dei gratia et nostra teneant atque possideant cum emunitate nominis aevis temporibus, ut absque ullius inpugnatione forestariorum vel cuiuslibet personae liceat ipsam familiam Dei quieto ordine resider et pro vita nostra vel stabilitate regni Francorum die noctuque Domino famulari. [...]. J. HALKIN, C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l'abbaye de Stavelot-Malmedy, tome 1, p. 29.
S. BORMANS, E. SCHOOLMEESTERS, Cartulaire de Saint-Lambert, Bruxelles, 1893, tome 1, pp. 8-9.
Voir notamment E. FAIRON, Les donations de forêts aux Xe et XIe siècles en Lotharingie et en Allemagne, dans Revue belge de philologie et d'histoire, Bruxelles, 1925, tome 4, pp. 91-107. - S. BORMANS, E. SCHOOLMEESTERS, Op. cit, p. 14.
La fameuse "via mansuerisca", jalon dans le diplôme de Childeric II, a tous les caractères d'une appellation de chancellerie. Elle ne figure dans aucun autre texte connu. Plus tard, pour la désigner, les riverains utilisaient des appellations n'ayant aucun rapport avec la forme du diplome "pavée charlemagne" ou "pavée du diable". Voir à ce sujet J. BASTIN, La Via Mansuerisca, dans L'antiquité classique, tome 3, fasc. 2, 1934, pp. 364-367 et J.S. RENIER, Histoire du ban de Jalhay, 1879, tome 1, p. 12.
L. GENICOT, Op. cit., pp. 176-177.
Ainsi, dans la donnation de la villa de Theux à l'église de Liège en 898, nous lisons : "[...] largimur ... villam nostri dominicatus sitam in pago Leuga super fluvium Poledam vocabulo Teiz, cum omnibus iuste et legaliter ad eam pertinentibus videlicet mancipiis utriusque sexus, campis, silvis, pratis, aquis aquarumque decursibus, molendinis, cambis, piscationibus, perviis, exitibus et reditibus, cultis et incultis, mobilis et immobilis, [...]. S. BORMANS, E. SCHOOLMEESTERS, Cartulaire de Saint-Lambert, tome 1, p. 9.
"Concessimus ..., ut girum girando in utrorumque partibus monasteriorum mensurarentur spatia dextrorum saltibus non plus duodecim milibus ...". J. HALKIN, C.G. ROLAND, Op. cit., tome 1, pp. 7-8. Nous nous rallions ici à la traduction de M. Helin qui interprète "saltus" comme "bois", ou "terrain sans valeur", et "dextri" comme une mesure de longueur. M. Helin, Dexter et dextri, dans Archivum latinitatis Medii aevi, Bruxelles, 1958, tome 28, fasc. 2-3, p. 162-164.
E. EWIG, Op. cit.
"[...] Ea tamen conditione sic petierunt ipsi servi Dei, ut versus curtes nostras, id est Amblavam, Charanco, Ledernao, de ipsis mensuris duodecim milibus dextrorum saltibus sex millia subtrahere deberemus pro stabilitate operis; [...]" J. HALKIN, C.G. ROLAND, Op. cit., p. 21.
"Warcina, Stagnebachus, Amblavam, Rorobacco, Didiloni, Dulnosus, Resta, Alsena, Glanem". J. HALKIN, C.G. ROLAND, Op. cit., p. 22.
S. BORMANS, E. SCHOOLMEESTERS, Op. cit., tome 1, pp. 14-15.
A.E.L., Chambre des comptes, 71, p. 273, 16 juin 1569. Comme autres exemples citons également en 1595 "voye de la vèquée bout du pays", A.E.L., Echevinages, Roanne, 29, p. 965 et en 1624 "chemin faisant separation de cestui notre marquisat et nostre principauté de Stavelot", M.L. POLAIN, S. BORMANS, Recueil des ordonnances de la principauté de Liège, Bruxelles, 1872, 2e série, tome 3, p. 53.
Une partie de cette carte a toutefois été publiée dans S. FONTAINE, S. NEKRASSOFF, Xhavées et vieilles cartes, dans Les hommes et les Hautes-Fagnes, ULg, asbl Haute-Ardenne, 1994, pp. 46-47
"Cependant il est bien difficile, après un certain laps de changement de chemin et de changement d'usage ou de limites, de reconnaître si ce changement a lieu et s'il y a lésion et où elle est, et surtout lorsque des intérêts particuliers, des animosités, des cabales, des erreurs un peu vieillies ou des préjugés y entrent pour quelque chose, ce qui a lieu presque généralement. C. PH. DE LIMBOURG, Lettres et mémoires pour servir à l'histoire de la révolution liégeoise, dans B.S.V.A.H., 1919, tome 14, p. 17. - C'est encore suite à ce phénomène qu'en 1777, les représentants du ban de Roanne s'oppose à ceux du ban de Spa parce que "le grand chemin de la vequée, qui fait séparation des deux Paÿs, a été dans cette partie avancé notablement sur son territoire [le territoire du ban de Roanne]", A.E.L., Stavelot-Malmedy, I, 113.
A.E.L., Notaire Storheaux, année 1671
"[...] Et comme une grande partie desdits chemins de traverse n'a la largeur nécessaire pour y pouvoir passer commodément, provenant de ce que plusieurs ayant des héritages à côté d'iceux se sont advancés d'usurper, labourer et ensemencer à leur profit partie desdits chemins, [...]", M. GACHARD, Recueil des ordonnances des Pays-Bas autrichiens, 3e série, tome 4, Bruxelles, 1877, p. 531.
En 1563, Robert de Berghe, prince-évêque de Liège, prescrivait que "tous autres chemins fera un chascun réparer et refaire là et sy avant que s'extendent ses héritaiges[...]"; en 1658, c'est au tour de Maximilien-Henri de Bavière "d'obliger les possesseurs des heritages voisins auxdits chemins, et voyes publiques, à la réparation et maintien d'icelles en bon estat [...]". Sources citées par Dr F. TIHON, Les chemins creux de Hesbaye, dans Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, 1895, tome 25, pp. 10-13. Pour le duché de Luxembourg, une ordonnance impériale de 1539 requiert que "tous et quelconques personnes aiant heritages abordans aux chemins roïaux et grans chemins menant de bonne ville à autre [...] facent endéans le XV jour de juillet prochain venant refaire, refectionner et mettre en bon et suffisant estat les dits grands chemins", J. LAMEERE, H. SIMON, Recueil des ordonnances des Pays-Bas. 2e série. 1506-1700. Bruxelles, 1907, tome 4, p. 121.
"... forestem quae separat Helmin roboretum et audastviler ...", J. HALKIN, C.G. ROLAND, Op. cit., p. 22.
"ad hospitale, et sic revertitur ad Vulfingi fagum". S. BORMANS, E. SCHOOLMEESTERS, Op. cit., tome 1, pp. 14-15.
"L'arbre de Charlemagne figure sur la carte de Ferraris, le "lectum caroli magni", ou "lit de Charlemagne", est cité dans l'acte de fondation de l'abbaye de Reichenstein au début du 13e siècle. W. RITZ, Urkunden und Abhandlungen zur Geschichte des Niederrheins und der Niedermaas, Aachen, 1824, pp. 74.
"[...] recordent que premièrement le pays commenche a ung fawe, qu'on appelle claw-faw, en descendant avant Hodjoris jusque en Vesd, et tout aval Vesd jusqu'en Moese [...]", déclaration donnée par les échevins de la haute cour de Limbourg en 1467 à Charles le Téméraire. Cité par ERNST, Histoire du Limbourg, Liège, Ed. de Lavalleye, tome 1, 1837, pp. 10-11. Un texte similaire est conservé dans J. THISQUEN, J. MOORS, L'ancienne coutume du duché de Limbourg, Liège, 1961, pp. 70-75.
"[...] ils puellent weadir jusques audit chemyen depuys le boy de Averscheit jusques all heste et non ploint prangler aladite heste pour garder ceux dovyfaz de perils et dangiers [...]", cité par F. Toussaint, Brack ou baraque, dans Hautes-Fagnes, 1952, fasc. 1, p. 14.
Ainsi, toujour à propos du "Clawe faw" : "[...] le desseur dit de plus d'avoir entendu dire de tous sa memoire qu'il y avoit du temps passé un gros fawe sur le desseur tout proche du chemin qui tend a goez qui devoit faire séparation en droite ligne sur les tiermay de laitin et que les chartiers qui passoient dans ledit chemin de goez se reposoient parfois a lombre dudit fawe en (...) leurs cheval et les referant quand il auroient été defere frappant parfois des clous dans le dit fawe [...]". A.E.L., Echevinages, Jalhay, 138, Bois (1710-1735). Peu avant dans le même texte on lit "les bonniers et bois nommé clawe fawe joignants et contigue à la forest de la bourgeoisie de Limbourg". Un bois aurait donc hérité du toponyme qui s'appliquait autrefois à un seul arbre.
P. BONENFANT, Op. cit.
"[...] montant vers ladite saulvenir insa ung chaisne lequele fut lors marcqué de trois crens aux deux costés [...], A.E.L., Chambre des comptes, 71, pp. 268-274.
M.L. POLAIN, Recueil des ordonnances de la principauté de Stavelot, Bruxelles, 1864, pp. 422-423.
G. BARZIN, Sac au dos avec Erard de la Marck, Verviers, p. 25.
M.L. POLAIN, Op. cit.
Quelques exemples sont rapportés par J. RUWET ET CL. BRUNEEL dans Le duché de Luxembourg à la fin de l'Ancien Régime. Atlas de géographie historique, Louvain-la-Neuve, 1982, fasc. 1, p. 126.
A.G.R., Jointe des terres contestées, 566, Règlement concernant les limites de la forêt domaniale d'Hertogenwald. Une autre pièce, datée de 1774 et versée au même dossier, fait état de la réalisation de ce fossé. Il figure encore aujourd'hui sur la carte de l'IGM sous la dénomination de Eupener Graben, "fossé d'Eupen".
Source publiée par W. RITZ, Op. cit., pp. 75-82.
A.G.R., Jointe des terres contestées, 654. Un demi siècle plus tôt, ce sont les bourguemestres de Sart qui font comparaître des témoins pour justifier les prétentions des habitants de Solwaster sur une portion de terrain jouxtant le chemin de la Vèquée. A.E.L., Notaire Storheaux, année 1671.
J. BIRKENHAUER, L'évolution du peuplement dans l'Eifel et en Ardenne, dans Bulletin de la Société géographique de Liège, 1971, n° 7, pp. 3-21. - E. HELIN, J. QUENON, Croissance démographique. Quatre exemples : Amblève, Bullange, Butgenbach, Recht, dans Les hommes et les Hautes-Fagnes, ULg, asbl Haute-Ardenne, 1994, pp. 50-69.
voir Ibidem. Notons toutefois que des règlements concernant les droits d'usage existent avant le 16e siècle. On en veut pour preuve le texte définissant les droits des habitants de Robertville sur la Fagne Wallonne, en 1444, dont jouissaient déjà leurs ancêtes. Ce texte a été publié par J. BASTIN, Un document allemand sur la Fagne Wallonne, dans Bull. de la Commission Royale de toponymie et de dialectologie, tome VI, 1932, pp 241-248.
Parmi celles-ci, épinglons au passage la requête des habitants de Robertville et Ovifaz au sujet de la fagne Rasquin (1768), A.G.R., Jointe des terres contestées, 661, f°7-8; le différend entre Spa et Roanne (1776-1777), A.E.L., Stavelot-malmedy, archives de l'abbaye, 113; la contestation entre Sart et Francorchamps à l'endroit de la Pavée du Diable (1802), A.E.L., Fonds français, 126, Limites de la commune de Francorchamps...
"[...] avons plusieurs fois esté adverty que nos bois et foretz estans en notre pays de Franchimont, estoient grandement aliènez et destruy tant par les charboniers qui ouvroyent en iceux que par feu corriez [...]Source publiée par G. BARZIN, Sac au dos avec Erard de la Marck.


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Dernière mise à jour
Last update
30/01/2002